HONG KONG


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Rien ne prédestinait cet îlot rocheux baptisé «Port parfumé» (Heung Keung en dialecte cantonais, Xiang-gang en mandarin), situé à l’est de l’embouchure de la rivière des Perles, à jouer un rôle aussi important, d’abord dans l’expansion de l’empire colonial britannique en Extrême-Orient, ensuite, après 1949, dans l’économie de la Chine populaire, pour qui Hong Kong est une indispensable source de devises étrangères et une non moins indispensable fenêtre sur le monde capitaliste.

Jusqu’à ce que les trafiquants britanniques d’opium y fissent régulièrement escale, vers 1820, l’île n’avait guère été qu’un centre de pêche et de piraterie, si l’on excepte une tentative des partisans des Ming, au XVIIe siècle, pour y établir une base de résistance.

La première guerre de l’opium (1839-1842) donna aux Britanniques l’occasion d’annexer l’île de Hong Kong (d’une superficie d’environ 50 km2) lors du traité de Nankin, en 1842. Puis fut annexée la péninsule de Kowloon (env. 6 km2) lors de la première convention de Pékin, en 1860. Enfin, les «Nouveaux Territoires», soit 584 kilomètres carrés de terre continentale et d’îles avoisinantes, dont celle de Lantao, plus grande que l’île de Hong Kong proprement dite (baptisée «Victoria»), furent cédés à bail lors de la deuxième convention de Pékin, en 1898, pour quatre-vingt-dix-neuf ans.

Hong Kong, dont la tutelle britannique n’a été interrompue que par trois ans d’occupation japonaise, pendant la Seconde Guerre mondiale, demeure la colonie la plus classique qui soit. Un gouverneur, nommé par Londres, détient la totalité du pouvoir, assisté d’un conseil législatif et d’un conseil exécutif (non élus et n’ayant qu’une valeur consultative). Pareille situation n’est possible qu’avec le plein assentiment de Pékin. Hong Kong est en effet totalement dépendante de la Chine continentale pour son approvisionnement en vivres et en eau, et la présence de troupes anglaises ne se justifie plus guère que par la nécessité d’enrayer l’immigration clandestine dans la colonie.

Chinoise à 98 p. 100, la population a peu ressenti l’impact culturel de la colonisation. L’anglais et le cantonais (l’un des dialectes de la Chine méridionale, parlé à Canton) sont les deux langues officielles, mais la dernière constitue seule la véritable langue véhiculaire. Seul lieu du monde chinois où la liberté d’expression est réelle, Hong Kong ne compte pas moins d’une cinquantaine de quotidiens en chinois, dont les opinions, fort variées, vont du soutien inconditionnel à la Chine nationaliste (Taiwan) aux organes communistes quasi officiels.

Hong Kong exerce sur la province méridionale du Guangdong, à laquelle elle appartient, une fascination expliquée surtout par la différence de niveau de vie. Les relations entre la colonie et les habitants de la province du Guangdong sont étroites: émissions de télévision de Hong Kong, cassettes des dernières chansons à la mode, et surtout envois perpétuels de mandats postaux font de la province du Guangdong une province pas comme les autres, objet, comme d’ailleurs Hong Kong, de remontrances fréquentes de la part de la presse de Chine populaire. Et pourtant, Hong Kong, avec son métro ultramoderne, ses zones d’urbanisation accélérée dans les Nouveaux Territoires (Tsuwan, Shatin) est aussi indispensable au développement de la Chine postmaoïste qu’elle le fut jadis à celui de l’impérialisme britannique.

1. De la guerre de l’opium au break-up

Au XIXe siècle, Hong Kong est une enclave britannique sur la côte chinoise, dont le commerce est l’activité essentielle. La Hong Kong & Shanghai Banking Corporation est fondée en 1864, à la fois comme banque d’affaires, banque de dépôt et plus tard banque d’émission des billets. Elle est, dès le XIXe siècle, un des piliers de la finance britannique en Extrême-Orient, qui se charge notamment des prêts aux autorités impériales et provinciales chinoises. C’est aussi à Hong Kong que sont établies les grosses maisons de commerce britanniques de Chine: Jardine & Matheson, Butterfiels & Swire, etc.

L’île était un port franc. On ne dispose pas de statistiques douanières avant 1887; mais on sait que 3 783 bâtiments de commerce entrèrent dans le port et le quittèrent en 1866, 6 785 en 1883, 8 707 en 1891 (sans compter plus de vingt mille jonques chinoises). Plus de la moitié des exportations britanniques vers la Chine passaient par Hong Kong, mais les activités interlopes sont à cette époque plus importantes que les activités respectables. L’île, plus encore que Shanghai, se trouvait dans une sorte de no man’s land historique. Les structures traditionnelles chinoises n’y avaient jamais été solides; quant aux Occidentaux, ils étaient trop avides de profits immédiats pour appliquer dans l’île les principes de la société policée d’Occident. Déserteurs, criminels, déclassés, aventuriers affluaient à Hong Kong de tout l’Extrême-Orient. On y trouvait en abondance tripots, bouges, lupanars et fumeries d’opium; un gouverneur de Hong Kong, Hennessy, reconnut que le trafic de l’opium y représentait un million de dollars par mois et alimentait, par la «ferme de l’opium», un sixième du budget colonial. Les autorités britanniques fermaient souvent les yeux, comme dans le cas de la lorcha Arrow (bâtiment à coque de fer, gréé à la chinoise): ce bateau avait acheté à Hong Kong une licence britannique lui conférant un statut spécial, mais son équipage était recherché par la police chinoise; quand celle-ci voulut l’arrêter, la seconde guerre de l’opium (1856) fut déclenchée par H. Palmerston pour laver cette insulte au pavillon britannique qu’arborait la lorcha.

Le trafic des coolies était une autre de ces activités interlopes. Ces malheureux, qui avaient signé un «contrat» de quasi-servitude, s’entassaient dans des bateaux malsains en direction du Pérou, de Hawaii, de Cuba, des îles de la Sonde. Le gouverneur interdit en 1869 l’exportation des coolies sous contrat, mais près d’un million de travailleurs chinois quittèrent encore Hong Kong entre 1883 et 1898, venant de toute la Chine du Sud.

La contrebande continuait d’être florissante. Le ministre britannique à Pékin reconnut en 1868 que l’île n’était guère qu’un «immense entrepôt de contrebande». Pour le seul opium, les autorités chinoises estimaient vers 1870-1875 que la contrebande atteignait 40 000 caisses par an; elles réclamaient le droit d’établir des postes de contrôle douanier entre la Chine et la colonie, tant en haute mer que sur terre ferme (en 1860, les Britanniques s’étaient fait céder la presqu’île de Kowloon, face à l’île). Un quasi-blocus chinois finit par s’instaurer; les autorités de Hong Kong durent négocier avec Pékin et accepter le contrôle douanier chinois. Il ne s’agissait pourtant pas encore d’une victoire du nationalisme chinois, puisque les douanes chinoises étaient dirigées par sir Robert Hart. Les intérêts locaux de Hong Kong avaient dû s’effacer devant la stratégie d’ensemble de la Grande-Bretagne en Chine.

Les institutions coloniales contrôlent d’assez loin cette vie grouillante et cosmopolite. Le gouverneur reste assisté d’un conseil exécutif et d’un conseil législatif, dont la majorité est composée de fonctionnaires nommés ou de personnes désignées par des organismes semi-officiels comme la chambre de commerce; c’est en 1880 que le premier Chinois fut admis à y siéger. Les Anglais vivent à part, dans les bungalows ou les bâtiments publics de red brick , sur la colline du Peak. La discrimination raciale s’opère subtilement par une loi interdisant les constructions de style chinois dans les quartiers résidentiels blancs.

La population atteint 15 190 Britanniques ou étrangers et 239 210 Chinois en 1898. Hong Kong est en fait une agglomération chinoise spontanément formée en dehors des structures traditionnelles de la société chinoise. Les Anglais n’ont pu imposer le sterling et ont accepté comme monnaie de base le dollar d’argent, commun à tout l’Extrême-Orient (dollar de Shanghai dit carolus ou mexicain, piastre indochinoise, etc.).

Ces paysans transplantés, devenus coolies, boutiquiers ou marins, se regroupent dans des sociétés secrètes (comme la Triade), qui sont les seuls rouages de la société chinoise susceptibles d’être reproduits dans ce milieu nouveau. C’est la Triade qui organise en 1884 une grève générale des ouvriers chinois de l’île, pour refuser de réparer les bateaux français engagés contre la Chine au cours de la guerre du Tonkin: première grande action politique du prolétariat chinois moderne.

Au-dessus de cette population misérable apparaissent une bourgeoisie chinoise et une intelligentsia moderne. En 1881, sur dix-huit contribuables payant plus de mille dollars par trimestre, dix-sept étaient chinois. Un collège chinois de médecine moderne a été ouvert en 1887, et Sun Yat-sen est un de ses premiers étudiants. Si certains de ces jeunes Chinois occidentalisés ne cherchent qu’à faire fortune dans le sillage des Anglais (bourgeoisie «compradore»), d’autres sont beaucoup plus radicaux.

2. Du break-up à la fondation de la Chine populaire

De 1895 à 1949, la fortune de Hong Kong est liée beaucoup plus directement qu’au XIXe siècle à la Chine propre et aux brutales secousses qui l’ébranlent.

La Grande-Bretagne, comme les autres puissances occidentales, profite de la victoire japonaise de 1895 pour renforcer ses pressions sur la Chine (break-up of China ); au cours de la «bataille des concessions», les Occidentaux se disputent les richesses chinoises et occupent des bases dans le pays. La Grande-Bretagne se fait céder en 1898 comme «territoire de bail» d’importantes étendues de terre ferme situées face à Hong Kong et qui décuplent la superficie de la colonie. Hong Kong, et en particulier la Hong Kong & Shanghai Banking Corp., constitue la base financière à partir de laquelle s’effectue la pénétration du grand capital britannique en Chine vers 1900-1910 (contrats ferroviaires, concessions minières, prêts d’État, etc.)

L’île est en même temps la base d’action des révolutionnaires et des républicains, dans la mesure où elle échappe au contrôle de la police impériale. Plusieurs quotidiens chinois de Hong Kong soutiennent ouvertement les partisans de Sun Yat-sen, qui fait plusieurs séjours dans l’île et y est soutenu par la bourgeoisie moderne et l’intelligentsia. La chute de l’Empire, en 1911, fut saluée avec enthousiasme.

Hong Kong tend aussi à se rapprocher des grandes villes de Chine méridionale (Canton, Shanghai, Wuhan) par sa composition sociale: la foule des aventuriers et des déclassés existe toujours comme au XIXe siècle, mais les forces organisées du prolétariat et de la bourgeoisie sont les plus importantes. Le nombre des ouvriers modernes augmente à mesure que l’industrie se développe, en particulier pendant la Première Guerre mondiale quand s’interrompent les arrivées de produits britanniques; aux chantiers navals traditionnels et aux entrepôts s’ajoutent les industries du ciment, de l’imprimerie, de la savonnerie. Des syndicats ouvriers s’organisent, qui, par exemple, dirigent en janvier-mars 1922 une grève des marins faisant escale à Hong Kong; grâce au soutien des autres corps de métier, qui entraîne une grève générale de toute l’île, les grévistes finissent par imposer des augmentations de salaires allant jusqu’à 15 et 30 p. 100.

La bourgeoisie de l’île se renforce aussi, à mesure que prospèrent les affaires des gros compradores, des négociants et industriels chinois, souvent installés à Hong Kong depuis plusieurs générations. Elle a créé une puissante chambre de commerce chinoise et finance d’importantes institutions, comme l’hôpital Tung-wah. Un de ses représentants typiques est Robert Hotung (1862-1956), ancien élève d’une école anglaise de Hong Kong, comprador de la firme Jardine & Matheson, puis membre de son conseil d’administration, président de l’hôpital chinois Tung-wah. Il passait pour l’homme le plus riche de Hong Kong et symbolisait la collaboration d’une section de la bourgeoisie chinoise de l’île avec le pouvoir britannique; ayant reçu le titre britannique de knight en 1915, il était devenu sir Robert Hotung.

La fondation de l’université de Hong Kong, en 1911, reflète la croissance de cette bourgeoisie chinoise désireuse d’obtenir des qualifications lui assurant des postes d’importance au sein de l’ordre social britannique. Cette université était financée partie par les autorités coloniales, partie par les contributions privées chinoises.

La crise politique chinoise de 1925-1927, qui secoua toute la Chine du Sud, affecta directement Hong Kong, ce qui prouve que des liens unissaient l’île au mouvement historique de la Chine propre, par-delà les différences de souveraineté territoriale.

Beaucoup de syndicats ouvriers de l’île avaient des liens organiques avec ceux de Canton. En juin 1925, pour protester contre une fusillade qui avait fait une quarantaine de morts et dont étaient responsables les garnisons franco-anglaises des concessions de la ville, les syndicats de Canton décidèrent de frapper Hong Kong par une «grève boycott». Des dizaines de milliers de travailleurs chinois quittèrent l’île, tandis que les ouvriers de Canton interdisaient toute relation entre la Chine du Sud et celle-ci. Il fallut même amener les légumes des Philippines. Le mouvement était soutenu et financé par le gouvernement dissident de Canton, engagé dans une politique de lutte anti-impérialiste contre les puissances bénéficiaires des traités inégaux. L’Angleterre perdit des centaines de millions de livres sterling (or). Le mouvement ne s’arrêta qu’en octobre 1926, quand le gouvernement de Canton adopta une solution de compromis, pour pouvoir diriger toutes ses forces contre les militaristes du Nord. La bourgeoisie chinoise de l’île, et particulièrement R. Hotung, s’employèrent activement comme intermédiaires. Cette grève de seize mois est sans doute, à cette échelle, la plus longue de toute l’histoire du mouvement ouvrier mondial.

Malgré la crise économique mondiale, le commerce et la finance de Hong Kong continuèrent à prospérer jusqu’en 1937. 21 257 bâtiments de commerce entrèrent dans le port et en sortirent en 1921, 29 052 en 1927. Les accords de préférence impériale d’Ottawa (1935) facilitèrent l’implantation de nouvelles industries. La colonie continuait à servir de relais pour les millions d’émigrants chinois quittant la Chine du Sud en direction de tout le Sud-Est asiatique. En 1937, la population dépassait un million, dont 984 000 Chinois.

Elle s’accrut considérablement à partir de 1937, quand le Japon porta la guerre en Chine même. Elle atteignait 1 639 000 en 1941, quand le Japon rompit avec les Anglo-Saxons et occupa la colonie malgré une résistance militaire symbolique de la garnison anglaise.

Après quatre années d’occupation japonaise, marquées par la vie chère, le chômage, l’arrêt des activités économiques liées à l’Empire (industries, commerce, finances, émigration), l’autorité britannique fut rétablie en août 1945, malgré de fortes pressions américaines pour que l’île fût rendue au gouvernement du Guomindang protégé par Washington. Roosevelt était personnellement intervenu en ce sens en 1943.

3. L’essor économique depuis la Seconde Guerre mondiale

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’économie de Hong Kong a connu l’un des taux de croissance les plus forts du monde (environ 10 p. 100 par an, en moyenne, de 1955 à 1988). Ce nouveau pays industriel, qui est avant tout une ville nouvelle et un grand port franc (premier port porte-conteneurs du monde), est devenu, en une trentaine d’années, un important centre manufacturier orienté à l’exportation, au onzième rang des pays exportateurs, en termes de valeur, en 1991 (98 p. 100 de sa production est exportée), un haut lieu des affaires et de la finance et une des principales plaques tournantes du tourisme international. Le territoire de Hong Kong (1 075 km2) est composé de l’île britannique de Hong Kong et de la péninsule de Kowloon, d’une part, et des Nouveaux Territoires, d’autre part, qui comprennent une zone située au nord de Kowloon et deux cent trente-cinq îles. La république populaire de Chine devrait rétablir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, à l’expiration du bail des Nouveaux Territoires, le 1er juillet 1997.

Le quart seulement de la superficie de ce territoire montagneux (culminant au Taimoshan, à 958 m, dans les Nouveaux Territoires) est facilement utilisable. La surface agricole (environ 8 p. 100) diminue à cause de l’urbanisation. Mais la poldérisation se poursuit et l’inventivité des aquaculteurs, des maraîchers et commerçants pallie le manque d’espace. Le climat est chaud et humide, avec des températures moyennes de 16 0C en janvier et de 29 0C en juillet. Les résidents les plus fortunés habitent dans les montagnes au climat plus tempéré. Les précipitations sont, en moyenne, de 2 214 millimètres par an, dont plus de 90 p. 100 tombent d’avril à octobre, en période de mousson et de typhons. L’eau des pluies est en partie conservée dans des réservoirs. La vue sur la baie depuis le pic Victoria (554 m), sur l’île de Hong Kong, n’est guère dégagée et ensoleillée qu’à l’automne.

Hong Kong est l’une des plus fortes concentrations humaines de la planète. D’apparence cosmopolite, sa population (5 822 500 hab. à la fin de 1991, plus les travailleurs temporaires, les militaires britanniques et les réfugiés) est pourtant à 98 p. 100 d’origine chinoise. Avec des taux de natalité de 12 p. 1 000 et de mortalité de 15 p. 1 000, la population devrait atteindre 6,5 millions en 2010. L’espérance de vie est une des plus fortes du monde. Depuis juin 1988, Hong Kong n’accorde plus automatiquement le statut de réfugiés aux «boat people». Leur afflux s’est ralenti depuis les accords signés avec le Vietnam en octobre 1991 et en mai 1992, sur le rapatriement obligatoire des réfugiés économiques. Plusieurs dizaines de milliers de réfugiés sont détenus dans des camps. La répartition de la population est très inégale. Les Nouveaux Territoires sont les plus peuplés (42 p. 100), suivis de Kowloon (36 p. 100) et de l’île de Hong Kong (22 p. 100). La densité moyenne de la population totale atteignait 5 390 habitants au kilomètre carré en 1991, Victoria, Kowloon et New Kowloon (26 950 hab./km2) ayant une densité vingt fois supérieure à celle des Nouveaux Territoires (2 560 hab./km2 en 1991). Ces derniers servirent à redistribuer la croissance urbaine dans des villes nouvelles, au début des années 1960. Depuis le début des années 1980, Kowloon et New Kowloon se dépeuplent au profit de villes nouvelles, dont les plus importantes sont Sha Tin (510 000 hab.), Kwai Tsing (440 000 hab.), Tuen Mun (360 000 hab.), Tsuen Wan (270 000 hab.), alors que la population de l’île de Hong Kong reste stable. Les habitants de Hong Kong, qui se disent hongkongais avant d’être chinois, sont fiers de leurs gratte-ciel qui avancent sur la mer en défiant les typhons. Ces derniers ont ravagé les villages flottants d’Aberdeen, dont les occupants se sont réfugiés dans les collines. La population est active à 70 p. 100 et il y a une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans tous les domaines. Les syndicats, souvent téléguidés par Pékin, jouent le jeu de la course à la fortune, principale motivation des habitants de ce temple du capitalisme aux portes de la Chine communiste.

À la fin des années 1970, grâce aux investissements et aux transferts de technologie, notamment en provenance des États-Unis (plus de 50 p. 100), du Japon et du Royaume-Uni, l’électronique est devenue la deuxième industrie manufacturière derrière le textile et la confection. Les autres activités industrielles sont l’horlogerie, les matières plastiques, l’industrie électrique, la métallurgie, les machines-outils, la construction navale et la maintenance aéronautique. Hong Kong diversifie ses activités dans les domaines de la haute technologie à forte valeur ajoutée (électronique, informatique) et des services (banques, assurances, tourisme), qui représentent plus de 65 p. 100 du P.I.B. La Bourse joue un rôle important. Le territoire ne souhaite pas changer la parité fixe du dollar de Hong Kong, qui s’échange au taux de 7,8 dollars de Hong Kong pour 1 dollar américain depuis le 17 octobre 1983 et stabilise l’économie.

Les mesures incitatives prises dans les domaines financiers, commerciaux et fiscaux ont permis d’attirer les investisseurs étrangers. Cela a accéléré l’implantation de sociétés d’investissements, de bureaux de représentation du continent, ainsi que la constitution de coentreprises. La Chine populaire est le premier investisseur étranger à Hong Kong, par l’intermédiaire du groupe de la Banque de Chine, qui place de plus en plus ses avoirs à l’étranger. L’intégration des deux économies se fait progressivement. Certaines productions (jouets, électronique) sont peu à peu transférées dans les provinces littorales, où l’industrie légère, à la main-d’œuvre bon marché, est en forte progression.

Sa situation privilégiée fait de Hong Kong le premier partenaire commercial de la Chine. Le rôle de celle-ci comme premier fournisseur s’affirme (38 p. 100 en 1991), suivie du Japon (16 p. 100), de Taiwan (10 p. 100) et des États-Unis (8 p. 100). Ses principaux clients à l’exportation sont de moins en moins les États-Unis (27 p. 100 de la valeur des exportations en 1991, malgré le système de préférences généralisées qui exonère de droits de douane les nouveaux pays industriels d’Asie), et de plus en plus la Chine (23,5 p. 100), l’Allemagne (8 p. 100), le Royaume-Uni (6 p. 100) et le Japon (France: dixième rang, avec 1,6 p. 100). En 1991, les deux tiers de ses exportations étaient constitués de réexportations, principalement à destination de la Chine (29 p. 100), des États-Unis (21 p. 100), de l’Allemagne (6 p. 100), du Japon (5,5 p. 100) et de Taiwan (5 p. 100) [France: dixième rang, avec 1,7 p. 100]. Le développement industriel de la Thaïlande et la légalisation des échanges indirects entre Taiwan et le continent, qui transitent en moyenne à 70 p. 100 par le territoire, contribuent à diversifier ses échanges. Hong Kong, qui a signé l’Accord multifibres, est membre à part entière du G.A.T.T. depuis 1986, ce qui garantit théoriquement son autonomie commerciale au-delà de 1997. L’avenir de Hong Kong dépendra en grande partie de l’attitude plus ou moins protectionniste de ses principaux partenaires commerciaux, ainsi que de l’évolution politique en Chine populaire. En effet, la compétitivité de Hong Kong repose de plus en plus sur sa complémentarité avec l’économie chinoise. Son taux élevé d’inflation est compensé par les contrats de sous-traitance qu’elle conclut avec les provinces chinoises. Hong Kong fournit de l’eau à la Chine, qui l’alimente en produits agricoles. Contrairement à la nomination annoncée d’un gouverneur d’origine chinoise, en juillet 1992, la couronne britannique a nommé Chris Patten, qui est décidé à faire des réformes politiques, alors que la Chine veut s’en tenir à la loi fondamentale que son Assemblée nationale populaire a promulguée en avril 1990.

Les Hongkongais constituent le gros du contingent des touristes à Macao et en Chine populaire. Les Taiwanais et les Japonais représentent environ la moitié des voyageurs se rendant à Hong Kong, suivis des Américains. Le nombre des visiteurs de Taiwan est en forte progression depuis qu’ils sont autorisés à aller rendre visite à leur famille sur le continent et à commercer par l’intermédiaire de Hong Kong. La Chine mise sur la construction de l’aéroport de Shenzhen pour concurrencer celui que Hong Kong projette de construire à Chek Lap Kok, au nord de l’île de Lantau, grâce à un accord signé avec la Chine en septembre 1991, et dont l’ouverture prévue en 1997 est le symbole du bras de fer entre les deux pays. Les problèmes de circulation sont essentiellement posés par les véhicules utilitaires. Le métro relie la côte nord de l’île de Hong Kong aux Nouveaux Territoires en traversant la baie et Kowloon. Une ligne de chemin de fer relie Kowloon à Guangzhou (Canton), et une autre dessert les villes nouvelles situées à l’ouest des Nouveaux Territoires. Le port (trafic de 104 Mt en 1991) est presque au niveau de Shanghai. La centrale nucléaire de la baie de Dapeng (Daya Bay) est destinée à éviter une pénurie d’électricité à Hong Kong, sa consommation ayant doublé en moins de dix ans.

Depuis 1978, Hong Kong, au premier rang des investisseurs, joue un rôle essentiel dans la modernisation de la Chine. Les deux pays bénéficient de l’aménagement de l’arrière-pays côtier et des «zones économiques spéciales», créées à partir du début des années 1980 en Chine du Sud, où Hong Kong investit massivement. Mais l’interdépendance croissante des deux économies pose le problème de l’avenir du territoire. L’accord sino-britannique signé à Pékin le 19 décembre 1984, qui garantit à Hong Kong un statut de «région administrative spéciale» sous souveraineté chinoise après 1997 et lui permet de conserver pendant cinquante ans son système capitaliste, juridique, son autonomie économique et son statut de port franc, a rétabli un climat de relative confiance chez les hommes d’affaires. Des incertitudes subsistent pour les Chinois et surtout les non-Chinois de Hong Kong, bien qu’un décret britannique de 1985 leur permette d’être admis en Grande-Bretagne, mais sans droits liés à la citoyenneté. La mise en application à Hong Kong de la politique ambiguë de Pékin, «un seul pays, deux systèmes économiques», et le retour acquis de Macao à la Chine populaire en 1999, posent avec encore plus d’acuité la question de l’avenir de Taiwan.

Hong Kong ou Hongkong
v. de Chine (prov. de Guangdong), au S.-E. de Canton, qui de 1842 à juil. 1997 fut une colonie britannique comprenant l'île de Hong Kong (76 km²), la presqu'île de Kowloon (10 km²) et les Nouveaux Territoires (959 km²); au total, 1 045 km² et env. 5 700 000 hab.; la cap. de la colonie était Victoria.
Hong Kong n'était qu'un centre de pêche et de piraterie lorsque les Brit. en firent une base stratégique. Le traité de Nankin (1842) entérina l'annexion. Colonie dirigée par un gouverneur, elle devint, grâce à son port franc, un entrepôt très actif assurant le transit entre la Chine et l'Europe. En 1898, la colonie loua à la Chine les Nouveaux Territoires (au nord de Kowloon) pour 99 ans. Occupée par les Japonais en 1941, elle redevint brit. en 1945. Après la révolution chinoise de 1949, la colonie devint le pôle d'échanges de la Chine avec l'extérieur. L'île et ses annexes sont aujourd'hui démographiquement saturées. La pop., chinoise à 98 %, a doublé depuis la fin des années 50 mais s'accroît moins: effondrement de la natalité, contrôle de l'immigration, émigration après la signature (1984) de l'accord prévoyant le retour de la ville à la Chine en 1997. Adoptant un modèle "japonais" (exportation de textile, matériel électrique, électroménager, audiovisuel, électronique, horlogerie, bijoux, jouets), Hong Kong a développé aussi la métallurgie, les chantiers navals, l'édition, le cinéma. Le revenu par hab. est très élevé, la ville est le premier port à conteneurs du monde et une place financière majeure. Les premières élections démocratiques en 150 ans de colonisation brit. avaient eu lieu en 1991. Le 1er juil. 1997, Hong Kong est revenu à la Rép. pop. de Chine. L'armateur Tung Chee-hwa dirige la ville. à l'automne 1997, la bourse de Hong Kong a subi le choc violent qui a frappé l'Asie du Sud-Est.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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